Mahjong et calligraphie chinoise : les caractères gravés des tuiles
Quand on ne lit pas le chinois, les tuiles de Mahjong sont des motifs à apparier : un bambou va avec un bambou, un cercle avec un cercle. Pourtant, une bonne partie d’entre elles portent de vrais caractères d’écriture, avec un sens précis. Le jeu lui-même date du XIXe siècle, mais l’écriture qu’il emploie est, elle, plusieurs fois millénaire. Savoir ce que disent ces signes t’aide aussi à les reconnaître plus vite sur le plateau.
Les trois familles de tuiles numérotées
Un jeu de Mahjong contient trois familles numérotées de 1 à 9, chaque tuile en quatre exemplaires : les Caractères (wàn), les Cercles (tǒng) et les Bambous (tiáo). Le guide des tuiles et de leur signification les présente une par une.
La famille des Caractères est la seule entièrement écrite. Chaque tuile porte un chiffre chinois en haut et, en bas, le caractère 萬 (wàn, « dix mille », écrit 万 en graphie simplifiée). Le « trois de caractères » se lit donc 三萬, littéralement « trois dix-mille », soit trente mille. Cette façon de compter de grosses sommes vient des jeux de cartes à thème monétaire dont le Mahjong descend.
Les chiffres chinois ont une logique visuelle simple au début : 一 (un) est un trait horizontal, 二 (deux) en compte deux, 三 (trois) en aligne trois. À partir de 四 (quatre), la forme change et il faut l’apprendre : 四, 五, 六, 七, 八, 九. Ce sont ces neuf signes qui distinguent les neuf tuiles de la famille, puisque le 萬 du bas est toujours le même.
Les Cercles représentent des pièces de monnaie, ces pièces rondes percées d’un trou carré longtemps en usage en Chine. Les Bambous figurent, selon l’explication la plus courante, des ligatures de pièces enfilées sur une cordelette. Le « un de bambous » fait exception : à la place d’une tige, il montre le plus souvent un oiseau, ce qui en fait l’une des tuiles les plus ornées du jeu.
Les vents : quatre directions, quatre caractères
Les tuiles de vent portent chacune le caractère d’un point cardinal. Il y en a seize dans le jeu, quatre par direction.
- 東 (dōng), l’Est. L’explication traditionnelle y voit le soleil (日) derrière un arbre (木), donc le lever du jour. Au Mahjong à quatre, l’Est est la place du donneur.
- 南 (nán), le Sud. Un caractère fermé sur les côtés et ouvert vers le bas, facile à repérer à sa silhouette de cloche.
- 西 (xī), l’Ouest. Sa forme large et basse, posée sous un trait horizontal, le distingue nettement des trois autres.
- 北 (běi), le Nord. Il représente deux personnes dos à dos. On le retrouve dans le mot 敗北 (bàiběi), « défaite » : tourner le dos, c’est fuir.
Au Mahjong, les vents se citent dans l’ordre Est, Sud, Ouest, Nord. On peut y voir la course du soleil, qui se lève à l’est, culmine au sud et se couche à l’ouest. Au mahjong solitaire, cet ordre n’a aucune importance : un vent s’apparie uniquement avec le même vent.
Les dragons : trois tuiles, une légende
Le nom de « dragons » est une appellation occidentale. En chinois, ces trois tuiles sont simplement désignées par ce qu’elles montrent. On lit souvent qu’elles incarnent trois vertus de Confucius : c’est une légende, sans source ancienne. Ce qui est sûr, c’est ce qui est écrit dessus.
- 中 (zhōng), le Dragon Rouge. Le caractère signifie « milieu » ou « centre » : un trait vertical qui traverse un rectangle. C’est le même que dans 中国 (Zhōngguó), le nom de la Chine.
- 發 (fā), le Dragon Vert. Il renvoie à 發財 (fācái), « faire fortune ». C’est un caractère dense, généralement tracé en vert.
- Le Dragon Blanc. Selon les jeux, la tuile est entièrement vierge ou marquée d’un simple cadre rectangulaire. Son nom chinois, 白板, veut dire « planche blanche ».
Fleurs et saisons : les huit tuiles uniques
Les quatre fleurs et les quatre saisons sont à part. Alors que toutes les autres tuiles existent en quatre exemplaires, chacune de ces huit tuiles est unique. C’est pourquoi, au mahjong solitaire, les fleurs s’apparient entre elles et les saisons entre elles, même si les dessins diffèrent.
Les quatre fleurs sont traditionnellement le prunier (梅, méi), l’orchidée (蘭, lán), le chrysanthème (菊, jú) et le bambou (竹, zhú). Ce choix vient de la peinture chinoise, où ces quatre plantes sont appelées les « Quatre Gentilshommes » : le prunier fleurit en hiver, l’orchidée au printemps, le bambou reste vert en été et le chrysanthème s’épanouit en automne.
Les quatre saisons portent les caractères 春 (chūn, printemps), 夏 (xià, été), 秋 (qiū, automne) et 冬 (dōng, hiver). Dans 春, on reconnaît le soleil (日) sous un élément qui évoque la végétation. L’article sur les tuiles de saisons et de fleurs leur est entièrement consacré.
De la gravure à l’écran
Les tuiles anciennes étaient le plus souvent faites d’une face en os fixée sur un dos en bambou. Les signes étaient gravés à la main, puis les creux remplis de pigments, surtout du rouge, du vert et du bleu. Le graveur devait donc maîtriser à la fois l’outil et le tracé des caractères, sur une surface de quelques centimètres.
C’est ce qui explique l’intérêt des collectionneurs : d’un jeu à l’autre, la façon de tracer 中 ou de dessiner l’oiseau du « un de bambous » varie, comme une écriture manuscrite. L’article sur les tuiles de collection revient sur ces objets.
À l’écran, la contrainte est la lisibilité. Un caractère trop détaillé devient une tache sur un petit téléphone. Si tu as du mal à distinguer les tuiles, active l’option « gros caractères » du jeu : elle est faite pour ça.
Jouer en sachant lire
La prochaine fois que tu lances une partie, arrête-toi un instant sur les tuiles. Ce 東 que tu associes machinalement à un autre 東 est le mot « est ». Ce signe rouge n’est pas un motif abstrait : c’est le caractère « centre », celui du nom de la Chine.
Connaître ces signes ne remplace pas une bonne méthode, mais cela accélère le repérage : on retrouve plus vite ce qu’on sait nommer. Pour la méthode, le guide de stratégie prend le relais.