Les tuiles de Mahjong comme objets de collection
Avant d’être des images sur un écran, les tuiles de Mahjong sont des objets : de petits blocs gravés à la main, que l’on entend s’entrechoquer quand on les mélange sur la table. Les jeux anciens intéressent aujourd’hui les collectionneurs, pour leurs matériaux comme pour leurs motifs et leurs caractères. Voici de quoi ils sont faits et ce qu’on regarde pour les reconnaître.
Les matériaux d’origine
Les jeux fabriqués en Chine à partir de la seconde moitié du XIXe siècle, l’époque où naît le Mahjong, utilisent des matériaux naturels. L’histoire du Mahjong est aussi celle de ces matériaux.
L’os et le bambou
La tuile traditionnelle associe une face en os, le plus souvent de l’os de bœuf, à un dos en bambou. L’os offre une surface claire et lisse, qui se grave et se peint bien ; le bambou donne de l’épaisseur et de la tenue. Les deux parties sont assemblées par un emboîtement en queue d’aronde, visible sur la tranche de la tuile.
L’épaisseur de la couche d’os est un critère de qualité : plus elle est épaisse, plus le jeu était coûteux à produire. Avec le temps, l’os prend une teinte jaunie que les amateurs apprécient et qui aide à estimer l’âge d’un jeu.
L’ivoire, plus rare qu’on ne le dit
Beaucoup de jeux anciens sont présentés comme étant « en ivoire ». Dans la plupart des cas, il s’agit en réalité d’os : les véritables jeux en ivoire ont existé, mais ils sont peu nombreux. L’os se reconnaît à ses petits canaux sombres, visibles à la loupe, que l’ivoire n’a pas.
Le commerce de l’ivoire est aujourd’hui très encadré, voire interdit selon les pays. Si tu t’intéresses à un jeu ancien présenté comme tel, renseigne-toi sur la réglementation avant tout achat.
Le travail de gravure
Sur un jeu artisanal, chaque tuile est gravée individuellement au burin, puis les creux sont remplis de couleur. Trois teintes dominent : le rouge, le vert et le bleu (ou le noir, selon les jeux). Le Dragon Rouge est rouge, le Dragon Vert est vert, et les bambous sont majoritairement verts. Pour le reste, la répartition des couleurs change d’un fabricant à l’autre.
Un jeu complet représente 144 tuiles à graver, parfois davantage. La régularité du trait d’un bout à l’autre du jeu est ce qui distingue un bon graveur. L’article sur la calligraphie des tuiles explique ce que disent les caractères ainsi tracés.
Les jeux des années 1920
Quand le Mahjong arrive aux États-Unis vers 1920, diffusé par Joseph Babcock sous le nom « Mah-Jongg », il déclenche une véritable mode. Les jeux sont alors importés de Chine en grande quantité, puis fabriqués sur place, avec des adaptations pour le public occidental : chiffres arabes et lettres ajoutés dans le coin des tuiles, pour ceux qui ne lisent pas les caractères chinois.
Les jeux de cette période se reconnaissent souvent à plusieurs éléments :
- un coffret en bois à tiroirs, où les tuiles sont rangées par familles ;
- des tuiles en os et bambou, puis, de plus en plus, dans les premières matières plastiques ;
- des accessoires assortis : bâtonnets de comptage, dés, réglettes et livret de règles.
La bakélite et les résines voisines, employées pour les tuiles à partir de l’entre-deux-guerres, donnent des pièces aux couleurs chaudes, du jaune beurre à l’ambre foncé. Elles ont aujourd’hui leurs amateurs, au même titre que les jeux en os.
Ce qui fait la valeur d’un jeu
Il n’existe pas de cote officielle, et les prix varient beaucoup d’une vente à l’autre. Les critères, eux, sont assez stables :
- Le jeu est-il complet ? Une seule tuile manquante le rend injouable, et les tuiles de remplacement ne sont jamais tout à fait assorties.
- Le coffret et les accessoires sont-ils d’origine ? Bâtonnets, dés et livret comptent autant que les tuiles.
- Quelle est la qualité de la gravure ? Les tuiles les plus regardées sont le « un de bambous », avec son oiseau, ainsi que les fleurs et les saisons, où le graveur avait le plus de liberté.
- Dans quel état sont les tuiles ? Peinture d’origine, absence de fissures, os non décollé du bambou.
Reconnaître un jeu fait à la main
Le matériau
L’os présente de fines stries et de petits points sombres, visibles à la loupe ; une matière plastique est parfaitement uniforme. La jonction entre l’os et le bambou, sur la tranche, doit montrer l’emboîtement et non un simple collage à plat.
La gravure
Une gravure manuelle laisse de légères différences d’une tuile à l’autre. Compare les quatre exemplaires d’un même cercle ou d’un même bambou : sur un jeu ancien, ils ne sont jamais strictement identiques. Sur un jeu moulé, ils le sont.
Le nombre de tuiles
Un jeu chinois complet compte 144 tuiles. Les jeux américains en comptent davantage, avec leurs jokers et parfois des fleurs supplémentaires. L’article sur les variantes régionales du Mahjong détaille ces compositions.
La fabrication actuelle
Aujourd’hui, la plupart des tuiles sont moulées en matière plastique (résine acrylique ou mélamine). Elles sont solides, régulières et bon marché, mais toutes identiques. Quelques ateliers continuent de graver à la main, et des créateurs proposent des séries limitées au dessin modernisé.
Et puis il y a les tuiles sans matière du tout, celles du mahjong solitaire à l’écran. Elles gardent les mêmes dessins, simplifiés pour rester lisibles en petit. Si tu veux les manipuler après avoir lu leur histoire, une partie t’attend sur la page d’accueil ; et si les caractères te semblent trop fins, l’option « gros caractères » est là pour ça.